50 ans de rock, les trésors cachés.

 

Mené par David Thomas, Pere Ubu détourne dans les années 70 le rock américain vers l'avant-garde.

On n'en parle pas si souvent, mais le rock, c'est quand même une affaire de voix. Dans l'Amérique de la fin des années 70, deux sortent carrément du lot commun. D'un côté, celle de David Byrne, aussi hallucinée, hoqueteuse et psychotique que la gestuelle scénique du leader des Talking Heads. De l'autre, celle de David Thomas, tête parlante du groupe Pere Ubu. Capable de moduler son organe de façon impressionnante, tantôt crooner, tantôt bluesman, Thomas fait figure de surdoué à une époque où la jeune génération élevée au biberon du punk ne sait pas jouer, encore moins chanter.

Formé à Cleveland sur les cendres des Rocket From the Tombs qui comprend de futurs Television et Dead Boys, Pere Ubu se pose en chaînon manquant entre le psychédélisme des années 60, les loufoqueries de Captain Beefheart des années 70 et le versant intello de la new-wave américaine en gestation, voire même les balbutiements de la no-wave new-yorkaise. A un rock de facture classique, Pere Ubu apporte des éléments rythmiques totalement décalés, un humour sarcastique et des thèmes liés à l'évolution de la société post-industrielle. Survivant tant bien que mal à plusieurs décennies, le groupe peut se targuer d'une discographie pléthorique dont on retiendra surtout les années 1978-1980 : Datapanik in the Year Zero, le premier et brillant The Modern Dance, Dub Housing, New Picnic Time, The Art of Walking, Song of the Bailing Man, The Tenement Year. Quel autre groupe de cette époque, The Fall mis à part, peut se vanter d'avoir persévéré en produisant librement autant d'albums superbement ignorés du grand public, dont l'influence se ressent (Pixies, Sonic Youth, PJ Harvey ...) bien au-delà de son cercle d'initiés ?

Album conseillé : Dub Housing (Rough Trade / Pias,1978)

© 2004 - Pascal Bertin - Les Inrocks2