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Bring Me The Head Of Ubu Roi, Ubu Roi à Londres

Pere Ubu a présenté Ubu Roi, la pièce de théâtre d'Alfred Jarry (1898), précurseur des mouvements artistiques Dada et Surréalistes, les jeudi 24 avril et vendredi 25 avril 2008 au Queen Elizabeth Hall, à Londres, dans le cadre de l'Ether Festival.
Sarah-Jane Morris (ex-Communards) tient le rôle de Mère Ubu et David Thomas celui du Père Ubu. Chaque membre du groupe a un ou plusieurs rôles mineurs. Les Brothers Quay ont créé pour l'occasion un film d'animation, élément principal du décors. La production comprend une musique originale, 10 titres, composée et jouée par le groupe. Gargarine (Dids), habituel sonorisateur du groupe, apporte sa contribution par des intermèdes électroniques.
Le groupe souhaite maintenant présenter ce spectacle sur scène partout où ce sera possible.

Jeudi 24 avril, 19 h 15. Les portes du Queen Elizabeth Hall de Londres s’ouvrent au public venu assister à la première de Bring Me The Head of Ubu Roi, l’adaptation par David Thomas d’Ubu Roi, la pièce d’Alfred Jarry.
C’est adolescent que David Thomas est tombé dans l’œuvre d’Alfred Jarry alors qu’il fréquentait la High School. Il a déclaré un jour dans une interview qu’elle pouvait se lire en une après-midi. Plus qu’à sa qualité littéraire, David Thomas accorde de l’importance aux idées de Jarry et surtout à la manière dont la pièce engage l’auditeur dans le processus créatif en mettant en œuvre son imagination.
L’adaptation se veut à la fois libre et respectueuse du texte original. David Thomas s’est centré sur ce qui dans la pièce, peut montrer que de nos jours encore, le complexe politico-médiatico-industriel est rempli de personnages plus grotesques que ceux de Jarry. Des parties du texte ont été enlevées, d’autres ajoutées ; le principe était de pouvoir glisser l’histoire dans une structure de chansons rock entrecoupées de narration.

Pas de décors si ce n’est deux fauteuils sur la gauche de la scène. Les instruments sont installés sur la droite, en ligne dans le prolongement des spectateurs, au bord de la scène le Theremin et le synthé de Robert Wheeler, au fond la batterie de Steve Mehlman, entre les deux, le reste. Un panneau indique que cette partie de la scène est invisible ! Au fond, un écran sur lequel sera projeté les films d’animation créés pour l’occasion par les Brothers Quay. Au centre se trouvent le micro du Père Ubu (David Thomas) et, légèrement sur la gauche, celui de la Mère Ubu (formidable Sarah Jane Morris).
Une certaine tension semble régner avant le début de la représentation. Les spectateurs présents peuvent entendre David Thomas hurler dans les coulisses.

19 h 35. Alors que la lumière s’est éteinte, l’ensemble de la troupe, soit le groupe au grand complet sans David mais avec Dids et un adolescent, qui se révélera être le fils de Sarah Jane Morris, traverse la scène en file indienne dans une démarche grotesque et rejoint les instruments. Steve Mehlman et Michele Temple restent au centre et effectuent ce qui semble être une étrange parade militaire. David entre en scène, non pas dans la peau du Père Ubu mais dans celle du metteur en scène, et intervient pour replacer Steve, qui reste imperturbable. La narration commence, entrecoupée des nouveaux titres joués par le groupe. Chaque musicien a un rôle. David Thomas semble irrité, il intervient sans cesse pour reprendre le placement ou la diction des « acteurs ». Il hurle. Des « fucks » raisonnent … Est-il vraiment en rage parce que cela ne se passe pas comme il le souhaite ou simule-t’il cette rage, est-ce pour lui le moyen d’évacuer une énorme tension ?
Je suis moi-même extrêmement tendu et je m’attends à ce que tout craque d’un instant à l’autre. Le public reste dans l’ensemble assez froid.

Si ce n’était la qualité de la musique, on se croirait devant une troupe amateur n’ayant pas assez répété sa pièce. Après ¾ d’heure de cette tension, l’entracte intervient. Un message sur l’écran nous invite à aller boire pour donner du sens à tout ça. Et ça aide ! Je trouve enfin une clef : nous n’assistons pas à une simple représentation de la pièce d’Alfred Jarry mais à un show de Pere Ubu, le groupe, dont la set-list est construite autour de l’adaptation signé David Thomas. C’est grotesque, absurde … merveilleux … ubuesque ! Pour preuve, ce moment magique où Michelle, interprétant le rôle de l’Armée Polonaise, ne récite pas son texte comme le metteur en scène le souhaite et, sous les assauts de David, finit par prononcer dans un début de fou rire un « excuse me » pas vraiment prévu. A la fin, comme la tradition le veut, la troupe se rassemble au centre de la scène et un tonnerre d’applaudissements enregistrés sort de la sono. Le public reste sans voix.

David Thomas Avril 2008
Photo : Marc Mawston

21 h 45, aftershow. Robert Wheeler, qui s’est beaucoup donné sur scène, m’explique qu’en fait c’est la première fois que la troupe a pu jouer en totalité la pièce. Autant le groupe s'est investi sur la musique autant il a manqué de moyens et de temps pour répéter. David Thomas décompresse et semble finalement très calme. Il n’est visiblement pas satisfait du spectacle donné mais fourmille déjà d’idées pour l’améliorer le lendemain soir. Et puis, bonne nouvelle, la musique, à la fois innovante et familière, est déjà enregistrée.

22 h 45. Dans la nuit londonienne, je me dis que je viens simplement d’assister à la première représentation « avant-garage » d’Ubu Roi, une pièce d’Alfred Jarry, par un groupe américain de rock qui porte si bien son nom.
Charlie Dontsurf
Merci tout spécialement à Eléonore et à Robert Wheeler.

Set List :

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